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Le Cirque de Salazie et le Grand Est

Hell-Bourg vue sur le piton d'Anchaing Salazie © Léa Bartoli
Hell-Bourg vue sur le piton d'Anchaing Salazie © Léa Bartoli

Surplombé par le massif du Piton des Neiges, point culminant de l'île, le cirque de Salazie se dresse dans l'immensité marine, comme un mur face aux vents. Son versant oriental capte l'humidité océane et s'enveloppe ainsi presque quotidiennement de nuages. L'eau, omniprésente, donne le ton aux ambiances naturelles : les précipitations abondantes imprègnent son flanc Est et atteignent, dans cette région, des records mondiaux. 

Ce territoire verdoyant a vu les Hommes délaisser les mi-pentes et les hauts plateaux, inadaptés aux cultures car trop imbibés d'eau. Ce choix raisonné a permis à ce cœur naturel de l'île de jouer son rôle de château d'eau, mis à profit pour alimenter des usines sucrières, des centrales hydroélectriques et, plus récemment, les terres desséchées de l'Ouest de l'île.

Dans le cirque de Salazie, l'eau résurgente a, par le passé, alimenté un thermalisme très actif. Si elle y organise avec harmonie le paysage rural, elle reste, pour ses habitants, l'élément redouté tant l'érosion qu'elle génère peut s'avérer destructrice.

Hell-Bourg : le retour aux sources

Comme dans un décor de théâtre, le rempart Sud du cirque attire le regard avec ses multiples cascades. De manière plus discrète, l’eau du cœur du vieux volcan surgit à ses pieds, alimentant des sources qui ont permis aux premiers occupants du cirque de s’établir en ces lieux perdus. Au-delà de son intérêt pour les cultures, l’eau devint providentielle lorsqu’une source d’eau chaude aux vertus médicinales fut découverte en 1832.

Une activité thermale vit alors le jour et le modeste lieu de vie prit son essor pour devenir le village de Hell-Bourg.

Le cyclone dévastateur de 1948 fit disparaître la source sous un éboulis, signant la fin du thermalisme. Mais la fréquentation par l’aristocratie locale qu’il avait suscité s’était accompagnée de la construction de belles villas créoles. Leur charme, rehaussé par les les jardins et les ‘’guétalis’’ qui les accompagnent donnent aujourd’hui au bourg un charme unique, lui valant de figurer parmi les plus beaux villages de France. Avec son histoire liée à l’eau, son architecture remarquable, ses boutiques traditionnelles, son esprit créole typique des hauts, Hell-Bourg offre encore l’occasion de flâner dans une ambiance d’antan. Le paysage environnant, partie intégrante du parc national et du Bien du patrimoine mondial, invite à la randonnée, en particulier vers le plateau de Bélouve, où les forêts éponges captent l’eau qui donnent vie au cirque.

Village d'Hell Bourg
Fontaine du village d'Hell-Bourg © Stéphane Michel

La route de Salazie : entre falaises et cascades

Le cordon routier qui relie le littoral à Salazie remonte la vallée de la rivière du Mât, unique exutoire naturel du cirque. Dans sa partie basse, il se fraye un passage dans une gorge étroite au point de voir une cascade atterrir sur la chaussée ! Ce baptême inattendu des passants vient rappeler que le cirque est le royaume de l’eau. Celle-ci anime les remparts de cascades grandioses, qui rivalisent de beauté. A l’approche du village de Salazie, l’ambiance naturelle s’adoucit et laisse deviner les raisons qui ont favorisé l’implantation première des Hommes dans cette région du cirque : abondance de l’eau et exubérance végétale, illustrées de nos jours par le paysage typique des cressonnières et treilles de chouchous. Au détour des virages, se dévoile, trônant au milieu du cirque, la silhouette intrigante d’un piton isolé. Portant le nom d’un esclave épris de liberté, Anchain, il est une curiosité géologique et un lieu de légende.

Nourris du charme créole typique des Hauts de l’île, les bourgs traversés semblent en sursis tant l’érosion environnante, une des plus fortes au monde, les menace. L’implantation des Hommes s’apparente ici à un défi : routes, îlots de cultures, cases sont régulièrement emportées par une terre qui, inexorablement, glisse et se défait. 

Vue de Ravine Blanche et Ravine Roche
Vue de Ravine Blanche et Ravine Roche © Hervé Douris

Le Piton d'Anchain, tour de guêt du cirque

S’élevant au milieu du cirque comme un monument à la gloire de la géologie d’un volcan en délabrement, le Piton d’Anchain fait figure de curiosité naturelle. Il a pour cela été intégré aux ‘’Pitons, cirques et remparts de La Réunion’’ inscrits au patrimoine mondial.

Son sommet, accessible par un sentier escarpé, dévoile un panorama à 360° dévoile la composition paysagère typique du cirque : des remparts verdoyants, zébrés sur leur versant sud de multiples cascades, qui surplombent un fond de cirque lacéré de profondes ravines. Bien avant la colonisation du cirque, ce choix de vie au bout du monde a été celui d’un esclave en fuite, Anchain, qui, selon la légende, se serait réfugié au sommet de cette montagne. Ce haut lieu perché, propice au repérage des chasseurs d’esclaves ‘’marrons’’, lui a permis de vivre en liberté avec sa femme Heva et ses enfants durant plusieurs années. Il aurait néanmoins été rattrapé, pour le meilleur ou pour le pire, selon les versions de son histoire. Ainsi le piton est-il devenu, au-delà d’une silhouette emblématique du cirque, un symbole de la triste époque du marronnage.

Cirque de Salazie vue depuis le Piton Anchain - © Herve Douris
Cirque de Salazie vue depuis le Piton Anchain - © Hervé Douris

La forêt de Bébour et la vallée de Takamaka

Au détour du col de Bébour, un vaste manteau forestier couvre une plaine bordée à l'Est et au Sud de remparts abrupts. Cette étendue s'interrompt brutalement par un cassé vertigineux surplombant la vallée de Takamaka, une des vallées les plus sauvages de l'île.

Ce paysage complexe dissimule l'histoire géologique singulière des lieux : l'activité volcanique d'un Piton des neiges en fin de vie est venue combler un cirque bien établi, donnant naissance à ce plateau inattendu, la Plaine des Marsouins. Exposé aux vents d'Est très humides, qui en fait l’une des régions les plus arrosées de l'ile, il se voit griffé de multiples ravines, favorisant l'émergence d'une forêt de montagne exubérante prenant l'allure d'un fouillis végétal inextricable où l'on retrouve mousses, fougères et orchidées. Délaissée par la conquête humaine, cette forêt est un milieu primaire peu altéré et un trésor de biodiversité. Historiquement, l'activité humaine a mis a profit cette ressource pour alimenter, par quelques canaux oubliés de nos jours, une industrie sucrière cantonnée sur le littoral. L’abondance de la ressource en eau a également permis, il y a quelques décennies une production d'énergie hydroélectrique, rendue originale par l'implantation souterraine de ses turbines.

Vallée de Takamaka © Lorien Boujot
Vallée de Takamaka © Lorien Boujot

La forêt de Bélouve et le Trou de fer

Entre piton, cirque et remparts, le plateau de Bélouve semble apporter un peu de douceur dans un paysage fait de lignes abruptes.

Né du comblement d'une ancienne vallée par des projections volcaniques émises lors des différentes éruptions du volcan du Piton des Neiges, il s'imprègne de l'eau que les nuages apportent avec abondance en ces lieux. Celle-ci, après avoir ruisselé mais surtout cheminé en souterrain, réapparaît cascadant dans le Trou de fer. Ce spectacle d'eau et de verdure exubérante, se dévoile après un cheminement dans la forêt de Bélouve, souvent enveloppée de brumes. Un arbre endémique, le Tamarin des hauts, s'impose comme espèce dominante dans ce milieu. Par son allure massive et son feuillage léger tamisant les lumières d'altitude, il donne à cet ensemble forestier une ambiance mystérieuse. Son bois précieux nourrit une ébénisterie locale meublant les belles cases créoles. Par l’intérêt de cet artisanat traditionnel, une partie de la forêt primaire a évolué vers une forêt cultivée, conduite selon une gestion raisonnée. Aujourd'hui, son attrait est organisé autour de la découverte d'un milieu naturel unique, que réhausse un panorama d'exception sur le cirque de Salazie, en faisant un site majeur intégré au Bien inscrit au Patrimoine mondial.

Forêt primaire humide de Bélouve © Hervé Douris
Forêt primaire humide de Bélouve © Hervé Douris

Grand Étang

Unique lac d'altitude et plus grand plan d'eau naturel de l'île, il doit sa présence à une activité éruptive excentrique du Piton de la Fournaise survenue en ce lieu, il y a un peu moins de 6 000 ans. Situé sur le territoire communal de Saint-Benoît, il est alimenté par de nombreuses chutes d'eau comme les cascades du Bras d'Annette, et son niveau est très variable. 

La vallée s'est trouvée à cette obstruée par d'importantes projections volcaniques qui ont donné naissance à plusieurs cônes, dont le Puy de l’Étang. Le barrage ainsi formé a retenu les eaux de pluie ruisselant en de multiples cascades sur les remparts environnants. Cette curiosité géologique trouve depuis sa singularité dans la variation impressionnante du niveau de l'eau, qui peut monter en quelques heures d'une dizaine de mètres lors de précipitations cycloniques. A l'opposé, son assèchement est également régulier et rend la vie aquatique presque impossible. Cet écrin de verdure, favorable aux oiseaux forestiers, recèle sur ses franges submersibles une flore typique des zones humides. En arrière plan, la forêt de montagne, riche d'espèces endémiques, habille les parois verticales encadrant le site.

Par son isolement, le lieu a servi en son temps de refuge aux esclaves fuyant la servitude. De nos jours, il s'offre à la découverte dans un silence propre aux grands théâtres de nature. 

Grand Étang
Grand Étang © N. et S. Szymandera