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Le Massif de La Fournaise

Éruption du 17 mai 2015
Éruption du 17 mai 2015 © Luc Perrot

Le massif

Le massif de la Fournaise occupe le tiers Sud Est de l'île, qu'il domine de son sommet culminant à 2600 m d'altitude. Dans la continuité de son aîné, le volcan du Piton des Neiges, il perpétue l'histoire volcanique qui a donné naissance à l'île en mettant régulièrement en scène des spectacles de feu. Forêts luxuriantes, fourrés, landes monotones ou encore déserts d'altitude se côtoient sur le massif comme en peu d'autres lieux dans le monde. Au delà de ces espaces uniques, la montagne de feu laisse aux Hommes ses versants plus apaisés. Par une histoire singulière, la population en a pris possession créant des paysages ruraux et urbains inféodés à un volcan vivant.

Le volcan

Avec plus de 250 éruptions observées depuis l'occupation humaine de l'île, au milieu du XVIIe siècle, le Piton de la Fournaise se révèle être un des volcans les plus actifs de la planète.

Son activité se poursuit de nos jours avec autant d'intensité : la dernière éruption de début 2026 a elle aussi laissé ses traces sur les flancs, jusqu'au littoral. Les éruptions se cantonnent pour l'essentiel dans la caldeira de l'Enclos Fouqué. Lorsqu'elles surgissent exceptionnellement hors de ce chaudron de feu, elles peuvent affecter les populations locales, voire détruire leurs lieux de vie.

Les projections et coulées de lave sont de véritables spectacles qui attirent les foules et font émerger, dans un univers minéral, de nouveaux pitons et cratères. Quelques coulées de lave atteignent l'océan et agrandissent l’île à cette occasion, dans des ambiances surnaturelles.

En conséquence des éruptions, le Piton de la Fournaise connaît régulièrement des bouleversements paysagers impressionnants. Le dernier en date est intervenu en 2007, lorsque son sommet s'est effondré brutalement suite à une éruption de grande ampleur, survenue dans ses basses pentes, au Grand Brûlé : en quelques heures, le cratère Dolomieu s'est transformé en un entonnoir géant atteignant une profondeur de 350 m.

Cette dynamique géologique imprévisible donne aux visages de la Fournaise un caractère éphémère et rend le volcan encore plus beau et plus attrayant.

Laves cordées piton de la fournaise 2015 Véronique Rochard
Laves cordées piton de la fournaise 2015 © Véronique Rochard

La Route des Laves

La Route des laves sillonne la frange littorale orientale du massif de la Fournaise. En traversant le Grand Brûlé, elle dévoile un paysage ouvert sur une scène volcanique faite de multiples coulées de laves figées.

La route se trouve ainsi séquencée par l'alternance brutale de langues minérales et de lanières végétales. Du rouge de la lave incandescente au brun-noir de la lave refroidie, du gris des fleurs de roche aux verts des végétaux pionniers et des forêts, les couleurs du paysage racontent la vie d'une nature soumise aux caprices du volcan. Sur le front de mer, les caps et falaises de basalte noir laissent imaginer la violence des rencontres de l'eau et du feu. Par la lave en fusion rejoignant l'océan, le trait de côte se redessine indéfiniment.

Mais l'activité du volcan se conjugue également avec des moments dramatiques lorsque les fleuves rougeoyants de lave ensevelissent la route ou s’échappent de l'Enclos pour s'épancher vers des zones habitées. La mémoire de la population locale reste empreinte de ces événements difficiles qui obligent à l'abandon dans l'urgence des biens. Traversant toujours des lieux habités, elle est aussi une route ''jardin'', joliment bordée de cases créoles et de plantes ornementales.

La route des laves traversant le Grand Brûlé
La route des laves traversant le Grand Brûlé © Hervé Douris

La Route du Volcan

En serpentant sur le flanc Ouest du Piton de la Fournaise, la route relie le monde des Hommes au sommet mythique du volcan. Depuis Bourg Murat, petit village d'altitude, elle est une invitation à voyager dans le temps pour comprendre la création de l'île. Son tracé est séquencé par des paysages nés de la vie d'un volcan en activité depuis 500 000 ans.

Le départ offre un panorama d’exception vers le massif du Piton des neiges et laisse deviner le passé géologique de l’île. La progression rencontre ensuite brutalement la bordure d’un à-pic impressionnant, bordant la vallée de la Rivière des remparts. Au-delà, après une traversée de landes à perte de vue, la route plonge vers la désertique Plaine des sables. Celle-ci tire sa beauté de sa minéralité intégrale dont les couleurs changent au gré de la journée. Finalement, le parcours carrossable s’interrompt à l’aplomb du rempart de Bellecombe. C’est depuis ce balcon emblématique que l'on peut admirer la majesté du volcan. Le voyage, marqué par une succession de ruptures propres aux caldeiras emboitées, peut se poursuivre à pied vers le sommet. 

Vue aérienne de la Plaine des Sables
Vue aérienne de la Plaine des Sables © Hervé Douris

La Route des Plaines

La Route des Plaines est la seule route à traverser l’île de part en part. Son tracé relie le versant Est au vent, humide, et le versant Ouest, sous le vent, plus sec, en parcourant entre les deux, le vaste plateau de la Plaine des Cafres.

Elle dévoile ainsi une diversité unique de paysages, entre les franges littorales tropicales et les plaines d’altitudes tempérées. Au travers des ambiances traversées, elle raconte également le cheminement historique de la conquête humaine des Hauts de l’île. En quittant la côte, les villes de Saint-Pierre et de Saint-Benoît laissent place aux étendues de canne à sucre. Puis la progression vers les Hauts, entre divers pitons volcaniques, diffère d’un versant à l’autre. À l’Est, la route pénètre assez vite dans des milieux naturels primaires - pandanaie et forêts de montagne - intégrés au cœur du parc national et au Bien du patrimoine mondial.

Le versant sous le vent présente quant à lui une urbanisation continue plus prégnante, implantée sur la trace des terres défrichées et affectées - selon l’époque - aux cultures du café, du géranium et plus récemment aux prairies.

Le parcours sur les hautes plaines s’ouvre sur des paysages grandioses marqués par les remparts de la Plaine-des-Palmistes et la silhouette majestueuse d’un Piton des neiges sortant des nuages.

Route de la Plaine des Palmistes
Route de la Plaine-des-Palmistes © Jean-François Bègue

La forêt de Mare Longue

Rescapée des défrichements qui ont accompagné l’occupation humaine de l’île, la forêt de Mare Longue est un vestige de forêt tropicale humide primaire de basse altitude.

Réduite à moins d’une centaine d’hectares, elle se distingue du manteau forestier environnant par son allure de ‘’forêt cathédrale’’, organisée autour de grands arbres endémiques remarquables. Parmi eux, le bois de pomme, le bois de rempart et son écorce rougeâtre, le natte... Au-delà de ces arbres d’exception, la beauté des lieux se révèle dans l’exubérance végétale : les fougères tapissent le sol, les plantes épiphytes ornent troncs et branches, les fougères arborescentes et arbrisseaux ponctuent le sous-bois. C’est probablement dans les nuances de couleurs des écorces et des feuillages que ce milieu naturel a trouvé son appellation originale de « forêt de bois de couleurs des bas ».

Cette forêt est un écrin de biodiversité remarqué, né sur des coulées de lave qui s’épanchaient en ces lieux il y a moins de cinq cents ans. Parce qu’elle est rare et bien conservée, elle fait partie depuis 2010 des ‘’Pitons, cirques et remparts’’ de l’île, inscrits au patrimoine mondial.

Forêt de Mare Longue
Sur le sentier de Mare Longue © Yannick Zitte