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Le Nord de l'île

Vue sur Dos d'Ane et la Possession depuis la crête surplombant le village - © Stéphane Michel
Vue sur Dos d’Âne et la Possession depuis la crête surplombant le village - © Stéphane Michel
Les premières pages du peuplement de l'île se sont écrites au XVIIe siècle sur la côte Nord, les grands navigateurs préférant ses baies plus hospitalières aux côtes sauvages des rivages du volcan. Les villes de Saint-Paul, Sainte-Suzanne et Saint-Denis furent les premiers quartiers créés, puis l’occupation humaine s’est étendue selon une progression géographique en fer à cheval. 

Peu à peu, la nature originelle a cédé de la place aux plantations de café puis de canne à sucre. Cette mise en culture s'est effectuée au prix de l’arrivée forcée puis volontaire d'une main d’œuvre venue de contrées lointaines. Africains, Malgaches, Indiens, Chinois, Comoriens, Européens sont ainsi devenus les composantes d'une société en création. Marquée par les épisodes douloureux de l'esclavagisme et de l'engagisme, c'est dans le métissage que l'île a trouvé le chemin de la réconciliation. Ce mélange de cultures très diverses est le berceau de la société créole actuelle. Le grand Nord de l'île, de Saint Paul à Saint André, garde dans ses paysages, ses villes, sa toponymie, ses vestiges, ses lieux de culte, la mémoire des débuts de cette histoire singulière. 

Aujourd'hui autant qu'hier, il est avec sa ville capitale, Saint-Denis, le territoire où se décide le destin de l'île.

Dos d'Âne et Cap Noir : village entre mer et montagne

Caché entre des crêtes verdoyantes bordant la plaine d'Affouches et l'un des remparts de Mafate, le plateau de Dos d’Âne offre un coin de fraîcheur au versant sec du Nord-Ouest de l'île.

Entre mer et montagne, Dos d’Âne et son ambiance tranquille met en opposition les deux mondes qui font La Réunion. Inséré dans un petit cirque, le village a bâti son existence actuelle sur la production maraîchère. Prisé des amateurs de nature, le village est aussi un point de départ de belles randonnées vers la Roche Écrite et le cirque de Mafate. Balcon panoramique vertigineux sur la Rivière des Galets, le site de Cap Noir révèle l’une des plus surprenantes facettes du cirque. Mafate dévoile ici ses murailles imposantes, soulignées d'arêtes effilées, dans un décor qui se joue en permanence des ombres et des lumières. Le site résume en une image presque irréelle toutes les forces géologiques qui ont façonné le cœur de l'île.

Vue aérienne du cirque de Mafate et Dos d’Âne © Hervé Douris
Vue aérienne du cirque de Mafate et Dos d’Âne © Hervé Douris

La Plaine des Fougères

En amont des grandes étendues de canne à sucre couvrant les basses pentes de Sainte-Marie, Sainte-Suzanne et Sait-André, une forêt primaire habille les hauts de la planèze de la Plaine des fougères. Imprégnée par l'humidité portée par les vents d'Est, elle recèle une biodiversité insoupçonnée, mise en scène par une luxuriance végétale typique des forêts de bois de couleurs des hauts.

Comme autant de jardins suspendus, les branches et troncs des arbres regorgent d'épiphytes. Le Calumet, bambou endémique aux toupets de feuilles caractéristiques, ainsi que le Tamarin des hauts au port tortueux et au feuillage léger, donnent toute sa majesté à la forêt. Cette forêt éponge protégée, en cœur de parc national, est un château d'eau qui garantit l’abondance et la qualité de la ressource en eau nécessaire à la vie dans les Bas. A l’Est, la planèze est brutalement interrompue par les remparts qui s’étendent de la Roche écrite aux gorges de la Rivière du Mât, offrant une vue aérienne imprenable sur le cirque de Salazie et tous ses îlets isolés. Autrefois, c'est par un cheminement invraisemblable dans ces remparts, puis à travers la forêt épaisse de la Plaines des fougères, que les produits agricoles du cirque de Salazie arrivaient jusqu'à la capitale.

Sur le sentier de Piton Fougère
Sur le sentier de Piton Fougère © Stéphane Michel

La Roche Écrite

À mi-chemin entre le battant des lames et le cœur déchiré du vieux volcan, à l’extrémité de la planèze Nord du Piton des Neiges, le site de la Roche Écrite est un véritable balcon panoramique s'ouvrant sur le cœur de l’île : les cirques de Mafate et de Salazie se dévoilent à ses pieds avec leurs paysages spectaculaires, témoins des forces à l’origine de la création de l’île. Le sommet émerge souvent au dessus de la mer de nuages, comme un phare minéral servant à se repérer dans les hauts de l'île.

Mosaïque de milieux naturels originaux composés de forêts de tamarins, de bois de couleurs, de landes d'altitude et de roche nue, le massif de la Roche Écrite constitue le dernier refuge d'un des oiseaux les plus rares au monde, le Tuit-tuit, dont l'aire de répartition couvre en large partie les planèzes de la Plaine des Chicots et de la Plaine d'Affouches jusqu'aux abords de Dos d’Âne.

Espèce en danger critique d'extinction, le Tuit-tuit est l'objet de toute les attentions notamment en période de nidification. Ses prédateurs, rats et chats, qui ont suivis les Hommes dans l'occupation de l'île, sont plus que jamais combattus. Comme les pétrels ailleurs sur l'île, le Tuit-tuit est devenu le symbole local de la sauvegarde de la biodiversité.

Sommet de Roche Ecrite © Stéphane Michel
Sommet de Roche Écrite © Stéphane Michel

Le massif de la Montagne et la Grande Chaloupe

Entre La Possession et Saint-Denis, le littoral de l'île est marqué par une falaise abrupte et colossale qui plonge dans l'océan. Ce front minéral semble retenir le massif géologique de La Montagne, malgré une instabilité marquée par de réguliers écroulements de façade.

Relique du volcan primitif ayant donné naissance à l'île, ce massif s’étend jusqu’aux remparts de Mafate et de Dos d’Âne. Son manteau végétal présente un étagement continu de milieux allant des forêts semi-sèches littorales aux forêts humides de haute altitude. Cependant, la conquête des terres par les Hommes a entraîné la disparition de l'essentiel des forêts des basses pentes, en moins de 300 ans. Parmi elles, la forêt semi-sèche ne couvre plus aujourd'hui que 1 % de son étendue d'origine. Le site de la Grande Chaloupe en est le principal écrin résiduel. Intégré pour sa rareté au patrimoine mondial, il est l'objet d'un projet partagé de sauvegarde destiné à restaurer et à protéger cette forêt unique. Lieu de nature en sursis, soumis à une pression humaine très forte, la Grande Chaloupe est aussi un lieu qui garde la mémoire des premiers temps de l'histoire humaine de l'île, en témoignent le chemin des Anglais, les lazarets, ou encore le train lontan et ses infrastructures associées.

Chemin des anglais
Chemin des anglais © Jean François Cornuaille