Le Service départemental d'incendie et de secours (SDIS), le Parc national de La Réunion, l'Office national des forêts (ONF) et le Centre de coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement (CIRAD) ont conduit, fin juillet, deux opérations de brûlage dirigé sur une parcelle du massif forestier du piton de l’Eau.
Un projet qui a pu voir le jour grâce à la coopération et au soutien financier de la Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt de La Réunion (DAAF).
Cette intervention s'inscrit dans une stratégie concertée, entre les différents partenaires, de prévention des incendies, de gestion des milieux naturels, de formation et d'amélioration des connaissances scientifiques. Celle-ci a été menée dans des conditions météorologiques favorables et sous un dispositif de sécurité renforcé, comportant une cinquantaine de forces présentes : sapeurs-pompiers, équipe de la DFCI de l’ONF, spécialistes du brûlage dirigé, et agents du Parc national.
Cette opération partenariale, initiée par plusieurs acteurs, a permis de mutualiser les bénéfices à
différentes échelles, entre formation multi-partenaires, prévention des risques et préservation de la biodiversité, et a également constitué un exercice grandeur nature présentant plusieurs intérêts opérationnels pour les sapeurs-pompiers.
Le brûlage dirigé consiste à allumer un feu dans des conditions parfaitement maîtrisées, afin d'éliminer le combustible végétal susceptible d'alimenter de futurs incendies. En réduisant cette biomasse, le risque de départ ou de propagation d'un feu incontrôlé est fortement diminué : une technique déjà utilisée dans plusieurs régions françaises confrontées au risque incendie. Ce massif forestier, au volcan, a déjà connu par le passé des incendies ravageurs et les départs de feux pourront être de plus en plus facilités par la présence de l’ajonc d’Europe et de certaines espèces qui présentent des caractéristiques extrêmement inflammables. Ce procédé permet de fortement réduire les risques de départ d’incendies, dans les mois ou années à venir.
Le massif du Volcan est fortement colonisé par l'ajonc d'Europe (Ulex europaeus), une espèce exotique envahissante problématique : sa propagation rapide menace les habitats naturels en concurrençant et prenant la place de la végétation indigène. Si aucune action efficace de lutte contre l’ajonc n’est prise, le massif du piton de la Fournaise, qui présente des caractéristiques paysagères exceptionnelles et inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO, pourra être méconnaissable dans quelques années, car entièrement recouvert d’ajonc.
L’espèce a été introduite depuis plus d’un siècle sur l’île, et est l’une des espèces les plus invasives au monde. Elle a été utilisée notamment pour constituer des haies au sein des espaces agricoles dans les Hauts de l’île. Depuis, l’ajonc d’Europe a proliféré et envahi de grandes surfaces de pâturages ainsi que les milieux naturels attenants, les transformant peu à peu en fourrés secondaires. Les secteurs des Hauts de l’ouest, du Nez de Boeuf et du piton de l’Eau sont particulièrement impactés.
Si les opérations d'arrachage manuel ou mécanique restent indispensables, elles montrent leurs limites sur des parcelles de grande superficie. Le brûlage dirigé permet d'agir plus profondément en détruisant les racines des plants ainsi que leur capacité d'ensemencement. Une approche scientifique entre le CIRAD et les autres partenaires du projet, pour mener une étude approfondie des impacts liés aux incendies.
L'opération constitue également un terrain d'étude scientifique : des équipes du CIRAD ont réalisé plusieurs prélèvements et mesures qui n’avaient jamais été faites dans ces conditions, afin d'étudier les effets du feu sur et dans les sols. Les recherches vont porter sur les températures atteintes, les modifications des propriétés chimiques des sols, les comportements des végétaux, l'évolution des éléments minéraux, les transformations de certaines substances présentes après le passage du feu. Ces travaux permettront d'améliorer les connaissances sur les interactions entre incendies, sols volcaniques et végétation, afin d'orienter les futures stratégies de gestion et de prévention des incendies.
Le brûlage dirigé est une technique professionnelle mise en œuvre exclusivement lorsque toutes les conditions de sécurité sont réunies : l'opération s’est réalisée s’est sur une parcelle de faible superficie, précisément délimitée par des tranchées pour éviter toute propagation du feu, sous le commandement du SDIS et de son équipe spécialisée en brûlage dirigé et avec la mobilisation d'une trentaine de sapeurs-pompiers, des agents du Parc national et de la DFCI de l’ONF. Une surveillance est maintenue jusqu'à la disparition totale de tout risque de reprise du feu. Aucun brûlage dirigé n'est réalisé sans une préparation technique approfondie, une analyse des conditions météorologiques et la mise en place de moyens humains et matériels adaptés.
